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Pr Philippe de Timary

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Pr Philippe de Timary

Et si le dialogue entre l'intestin et le cerveau ouvrait de nouvelles perspectives dans le traitement de la dépression majeure et du trouble lié à l’usage d’alcool ?

La dépression majeure et le trouble lié à l'usage d'alcool touchent des millions de personnes. Malgré les traitements disponibles, de nombreux patients continuent à souffrir de symptômes persistants qui peuvent profondément altérer leur qualité de vie.

Pendant longtemps, les recherches sur ces maladies se sont principalement concentrées sur le cerveau. Aujourd'hui, elles mettent également en évidence le rôle central de l'axe microbiote-intestin-cerveau, un réseau de communication permanent entre le microbiote intestinal, l’intestin et le cerveau.

Le microbiote intestinal, constitué de milliards de bactéries vivant naturellement dans notre intestin, est aujourd'hui considéré comme un acteur important du dialogue entre l’intestin et le cerveau. Les personnes souffrant de dépression majeure ou d'un trouble lié à l'usage d'alcool présentent fréquemment un déséquilibre de ce microbiote, appelé dysbiose. Cette dysbiose est souvent associée à une inflammation chronique de faible intensité, à des troubles des fonctions cognitives ainsi qu'à des modifications de la structure et du fonctionnement du cerveau.

Ces observations ouvrent de nouvelles perspectives pour développer des approches complémentaires aux traitements existants.


Une nouvelle approche thérapeutique

Si le microbiote joue un rôle dans la dépression majeure et le trouble lié à l’usage d’alcool, peut-on agir sur lui pour améliorer les symptômes des patients ?

Les chercheurs des Cliniques universitaires Saint-Luc et de l'UCLouvain font l'hypothèse qu'une association de polyphénols et de probiotiques pourrait moduler le microbiote intestinal et, par ce mécanisme, contribuer à améliorer les symptômes dépressifs, anxieux et cognitifs.

Les polyphénols sont des composés naturellement présents dans certains aliments, comme les fruits rouges, le cacao, le thé vert ou la grenade. Ils possèdent des propriétés anti-inflammatoires, antioxydantes et neuroprotectrices. Peu absorbés dans la première partie de l'intestin, ils poursuivent leur trajet jusqu'au côlon, où ils sont transformés par les bactéries du microbiote intestinal en différentes molécules, dont l’acide hippurique, qui a particulièrement retenu l’attention des chercheurs.

Les probiotiques, quant à eux, sont des micro-organismes vivants capables de moduler le microbiote intestinal.

 

Une découverte à l'origine du projet

L’hypothèse d’une supplémentation associant polyphénols et probiotiques pour agir sur le microbiote intestinal et améliorer les symptômes des patients s’appuie sur de premiers résultats obtenus par les chercheurs. Ces derniers ont mis en évidence une association forte entre les concentrations sanguines d'acide hippurique et les symptômes de dépression et d'anxiété chez des patients souffrant d'un trouble lié à l'usage d'alcool. Concrètement, ils ont observé que plus les concentrations sanguines d'acide hippurique sont élevées, moins les symptômes dépressifs et anxieux sont importants. Ces données suggèrent que cette molécule pourrait jouer un rôle protecteur.

L'acide hippurique étant produit à partir des polyphénols après leur transformation par le microbiote intestinal, ces premiers résultats indiquent qu'une modulation du microbiote pourrait influencer sa production, ainsi que celle d'autres métabolites produits par le microbiote, susceptibles d'agir sur le cerveau.


Une étude pour tester cette hypothèse

Pour vérifier cette hypothèse, les chercheurs mèneront une étude randomisée, contrôlée par placebo et réalisée en double aveugle auprès de patients souffrant de dépression majeure et de patients atteints d'un trouble lié à l'usage d'alcool.

Pendant douze semaines, ils analyseront :

  • la composition du microbiote intestinal ;
  • les concentrations sanguines et urinaires d'acide hippurique et d'autres métabolites produits par le microbiote ;
  • les marqueurs de l'inflammation ;
  • les modifications de la structure et du fonctionnement du cerveau grâce à l'IRM ;
  • l'évolution des symptômes de dépression, d'anxiété, de l'appétence à l'alcool ainsi que des fonctions cognitives.

Les résultats permettront de déterminer si cette approche modifie le microbiote intestinal, favorise la production d'acide hippurique et d'autres métabolites microbiens, et si ces modifications s'accompagnent d'une amélioration des symptômes psychiatriques et cognitifs.

 

Ce que cette recherche pourrait changer

Ce projet permettra de mieux comprendre le potentiel thérapeutique d'interventions nutritionnelles ciblant l'axe microbiote-intestin-cerveau chez les personnes souffrant de dépression majeure ou d'un trouble lié à l'usage d'alcool.

Il pourrait contribuer au développement de stratégies complémentaires aux traitements conventionnels et permettre d'identifier des biomarqueurs associés à la réponse clinique et cognitive.

À terme, cette recherche pourrait ouvrir la voie à des approches plus personnalisées, associant interventions nutritionnelles et traitements conventionnels, afin d'améliorer durablement la prise en charge des patients.

 

Pourquoi le mécénat est essentiel ?

Ce projet s'inscrit dans la continuité des travaux de recherche en psychiatrie nutritionnelle menés par les chercheurs des Cliniques universitaires Saint-Luc et de l'UCLouvain. Il contribue également au développement, au sein de l'Institut de Psychiatrie de Saint-Luc, d'approches complémentaires aux traitements médicamenteux et psychothérapeutiques.

Pour poursuivre cette dynamique, la Fondation Saint-Luc cherche à financer deux doctorats de recherche : l'un consacré à la dépression majeure, l'autre au trouble lié à l'usage d'alcool.

Pendant quatre ans, les chercheurs dédiés assureront le suivi des patients, participeront aux analyses biologiques et à l'interprétation des résultats, et contribueront directement à faire progresser cette recherche.

Le soutien des mécènes permettra également de financer les analyses biologiques, métaboliques et les examens d'imagerie indispensables à cet essai clinique.